mardi 9 novembre 2010

En finir avec la vision idyllique du Liban chrétien

Bruno Etienne, L'Islamisme radical, Paris, Le Livre de Poche, 1987, p. 242-245 :

"Il faut en effet rappeler, parce que les Français ont, me semble-t-il, une vision un peu idyllique d'un Liban chrétien démocratique, toute la haine qui a déferlé sur ce pays depuis des décennies... Qui a tué Bechir Gemayel ? Pourquoi ? Son père (Pierre) avait fondé les Phalanges sur le modèle... de la jeunesse allemande dont il avait pu admirer la discipline aux Jeux olympiques de Berlin... La milice de Camille Chamoun est liquidée en 1980 par Bechir Gemayel...

(...) quand on sait que le plus sanguinaire de tous, Soleiman Frangié, a fait venir les Syriens (il y a plus de quarante ans maintenant !) pour sauver les Chrétiens ?... Pour prendre le pouvoir, il a célébré une « messe sanglante » au cours de laquelle tous ses concurrents périrent... Il aurait dû mieux lire l'Evangile : « Celui qui tue par l'épée périra par l'épée... » En l'occurrence, son fils et une trentaine de ses partisans furent à leur tour massacrés par les Phalangistes en juin 1978. (...)

Pour comprendre l'émergence du groupe Amal et ses dissidences, il faut remonter à quelques années en arrière, et plus particulièrement au fait que la population palestinienne et libano-chiite, mélangée dans les zones d'émigration de Beyrouth Sud-Est ou dans le fameux camp de Tell-el-Zaatar, fournissait une main-d'oeuvre à bon marché pour l'industrie libanaise. J'ai quelque mal à entonner le concert des nations sur le soi-disant fameux « miracle libanais », pour lequel sont rarement fournies des explications claires autres que celles d'une essence particulière et spécifique au capitalisme libanais ; il me semble qu'il doit bien y avoir quelque part extorsion d'un surplus de même qu'il y a une belle exploitation des Palestiniens dans le Golfe..."