mercredi 9 mars 2011

Fourberie levantine : l'investissement des soi-disant "experts" maronites dans la diabolisation médiatique de l'islam

Mouloud Haddad, "Vincent Geisser, La nouvelle islamophobie", Archives de sciences sociales des religions, n° 134, avril-juin 2006 :

"Dans son premier chapitre « Islamophobie médiatique ; les journalistes et les intellectuels en question », l'auteur s'en prend ouvertement à ce qu'il appelle les « intellectuels médiatiques » largement responsables de la « diffusion et la banalisation de l'islamophobie au sein de la société française ». Pour V. Geisser, si les journalistes, notamment depuis la révolution khomeiniste de 1979, ne créent pas de l'islamophobie, ils « contribuent à la banaliser sous couvert d'investigation approfondies » en véhiculant clichés et stéréotypes du fait musulman présenté le plus souvent comme « une altérité radicale et conflictuelle ». Ainsi, l'auteur cite pêle-mêle les unes alarmistes des grands hebdomadaires hexagonaux (Marianne voilée du Figaro Magazine en 1985 ou jeune fille en tchador du Nouvel Observateur en 1989) ou « la traque » des télévisions d'une « prétendue réaction musulmane » aux attentats du 11 septembre 2001 « comme si les musulmans de France se devaient d'avoir nécessairement un avis sur Ben Laden ou les évènements en cours ». Mais le sociologue est plus irrité encore par le fait que les « intellectuels médiatiques » comme Alain Finkielkraut, Jean-François Revel ou Alexandre Adler, ont réussi à décrédibiliser et à marginaliser la parole des chercheurs spécialistes de l'islam, qu'ils soient islamologues, sociologues ou politologues, accusés d'angélisme et de ne pas avoir su prévoir le 11 septembre 2001.

Cette mise à l'écart des universitaires a permis la promotion médiatique d'experts sécuritaires – Antoine Basbous, Antoine Sfeir, Alexandre Del Valle ou Frédéric Encel – dont la notoriété s'appuie, sur un « prétendu réalisme » face au danger d'islamisation des banlieues hexagonales. Ces « nouveaux experts de la peur », dont il est question tout au long du deuxième chapitre, sont devenus, au grand regret de l'auteur, « les figures de références en matière d'islam et d'islamisme »."