samedi 25 juin 2011

La place des chrétiens d'Orient dans les révolutions jeune-turque et kémaliste

Arméniens :

Pierre Anmeghian : contributeur du journal jeune-turc Mechveret Supplément Français sous le pseudonyme d'Ottomanus.

Agop Bey Cherbetgian : directeur du journal La Jeune Turquie à Paris.

Bedros Haladjian : juriste, membre du CUP (Comité Union et Progrès), ministre des Travaux publics en 1910 et député d'Istanbul en 1912.

Babiguian Efendi : membre du CUP, député de la ville d'Edirne en 1912.

Artin Bosgezenian : membre du CUP, député de la ville d'Alep en 1912.

Oskan Mardikian : membre du CUP, ministre des Postes en 1913.

Agop Boyacıyan : professeur à l'Université d'Istanbul, un des membres fondateurs de l'association turcologique Türk Derneği.

Andon Tıngır : membre de la Türk Derneği, contributeur de son journal homonyme sur les questions linguistiques.

Bedros Kapamajian : proche du CUP, maire de la ville de Van en 1909, assassiné par le Dachnak en 1912.

Berç Türker Keresteciyan : directeur adjoint, puis directeur général de la Banque ottomane durant la Première Guerre mondiale, président d'honneur de l'Association pour l'Amitié turco-arménienne dans les années 20, député de la ville d'Afyon (1935-1946).

Karabet Devletliyan : personnalité pro-kémaliste.

Agop Dilaçar : né Agop Martayan, linguiste et secrétaire général de l'association Türk Dil Kurumu.


Grecs-orthodoxes :

Aristidi Efendi : contributeur du journal jeune-turc Mechveret Supplément Français.

Salim Sarkis : Jeune-Turc exilé en Europe.

Pavlos Karolidis : député indépendant d'Izmir en 1908 et 1912, proche du CUP.

Khalil al-Sakakini : enseignant, membre de la branche du CUP à Jérusalem.

Yusuf Sursuq : de Beyrouth, sénateur à la Chambre des notables des provinces arabes, nommé par le CUP en 1914.

Nikola Taptas : médecin, membre du CHP, député d'Ankara (1935-1943).

İstamat Zihni Özdamar : membre du CHP, député de la ville d'Eskişehir (1935-1946) et administrateur de l'hôpital de Balıklı.

Mihal Kayakoğlu : membre du CHP, député d'Ankara (1943-1946).

Nikola Fakaçelli : médecin, membre du CHP, député d'Istanbul (1946-1950).


Assyro-Chaldéens :

Najib Hindi : Jeune-Turc exilé en Europe.


Maronites :

Khalil Ghanim : contributeur du journal jeune-turc Mechveret Supplément Français, porte-parole du CUP lors du congrès parisien de 1902.

Sulayman Bustani : ministre du Commerce et de l'Agriculture en 1913, membre de la délégation du CUP envoyée à Paris pour négocier avec le Parti de la Décentralisation arabe en juin 1913.


Melkites :

Nadra Mutran : auteur de Réflexions d'un vieux Jeune-Turc (1908), un des fondateurs de la Société de la Fraternité arabo-ottomane à Istanbul en 1909.


Arabes catholiques :

Amin al-Antaki : Jeune-Turc exilé en Europe.

Le règne du sultan ottoman Abdülhamit II (Abdul-Hamid II) : une "belle époque" pour les chrétiens d'Orient

François Georgeon, Abdülhamid II : le sultan calife (1876-1909), Paris, Fayard, 2003 :

"A l'âge des nationalismes, et au moment même où Abdülhamid cherche à s'appuyer sur la communauté musulmane, l'Empire ottoman affirme, plus que jamais, sa vocation multinationale. Si l'on replace le phénomène dans la longue durée et à l'exception des Arméniens d'Anatolie orientale, la fin du XIXe siècle constitue une « belle époque » pour les communautés non-musulmanes. Leur apogée est d'abord démographique. Jamais les Arméniens et les Grecs n'ont été aussi nombreux. Les pertes territoriales de 1877-1878 ont accentué le caractère musulman de l'Etat ottoman, certes, mais dans le même temps, la proportion des Arméniens et des Grecs a, elle aussi, sensiblement augmenté. Dans les années 1880, ceux-ci représentent 21 % de la population. Et parce qu'ils ont été touchés plus tôt par la « révolution démographique », leur taux d'accroissement est supérieur à celui des musulmans.

Pour ces communautés, c'est aussi l'apogée sur le plan de l'organisation communautaire. En effet, le règne d'Abdülhamid marque le sommet de l'autonomie des millet : les communautés continuent à jouir de leurs privilèges d'autonomie dans le cadre de la réforme des institutions modernisées au début des années 1860, à l'époque des Tanzimat, au profit des élites laïques ; elles possèdent leurs propres institutions communautaires, leurs paroisses, leurs écoles, leurs tribunaux, leurs propres taxes. En contribuant à séculariser les millet, en réduisant le pouvoir du clergé et des religieux au sein des communautés au profit des laïques, les hommes d'Etat des Tanzimat espéraient affaiblir leur identité, et rendre possible, par le biais de ces nouvelles élites sécularisées, la création d'une « nation ottomane ». Ces calculs se sont révélés faux : si la religion a été le conservatoire de la nationalité, c'est le plus souvent au sein de ces nouvelles élites (enseignants, avocats, médecins, commerçants, journalistes) qu'ont été recrutés les pionniers du nationalisme. (...)

En même temps que les communautés profitent du système d'autonomie, elles bénéficient aussi de la protection assurée par les consuls et de la modernisation de l'Etat. L'Etat leur assure, en principe, davantage d'égalité et de sécurité. La liberté religieuse (c'est-à-dire en fait le droit de changer de religion) a été proclamée ; les interdits vestimentaires ont été supprimés ; de même, les confiscations, normalement, n'existent plus ; et les formules injurieuses, adressées aux chrétiens et aux juifs, sont en principe interdites. Certes, la situation est loin d'être parfaite, la stigmatisation n'a pas disparu. Mais il reste que la « violence symbolique » dont étaient victimes les non-musulmans a quelque peu diminué. Les communautés ne sont pas « allogènes » dans l'Empire ; il n'y a pas de numerus clausus dans les écoles ni, en principe, de restriction aux déplacements de telle communauté, tel que le pratique au même moment l'Empire des tsars. Abdülhamid lui-même respecte le cadre communautaire, il ne part pas en guerre contre les millet, même si, dans certains domaines, il voudrait les contrôler davantage. C'est le cas pour les écoles ; c'est le cas aussi pour les prérogatives judiciaires des différents clergés, qu'il cherche à limiter mais sans succès." (
p. 321-322)


François Georgeon,
"Le dernier sursaut (1878-1908)", in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989 :

"(...) l'expansion économique et culturelle de l'Europe dans l'empire s'accompagne de l'ascension des minorités non musulmanes, surtout des Grecs et des Arméniens. La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle constituent pour cette bourgeoisie nouvelle un véritable âge d'or. Déjà, la proportion des non-musulmans est plus forte dans les villes. Ils représentent en effet le tiers de la population urbaine et seulement le cinquième de la population totale de l'empire. Mais c'est parmi eux que se recrutent les commerçants, hommes d'affaires, entrepreneurs. A Izmir, on voit se constituer cette classe sociale dans le dernier quart du XIXe siècle. Alors qu'auparavant Grecs et Arméniens se contentaient de servir d'intermédiaires et d'agents aux firmes commerciales anglaises, ils commencent à fonder leurs propres maisons de commerce et à se lancer dans l'import-export. Dès 1893, on dénombre 97 maisons de commerce appartenant à des Grecs et à des Arméniens d'Izmir, et 34 à Aydïn. Cette mainmise sur les activités commerciales et économiques ne concerne pas que les régions côtières : dans le même temps à Ankara, les Grecs ont accaparé le commerce de la laine angora, et les Arméniens contrôlent le commerce de transit. Représentant le tiers de la population de la ville, ils ont la haute main sur toutes les activités commerciales.

La position des Grecs et des Arméniens est désormais dominante dans le commerce extérieur, mais aussi dans les activités bancaires et industrielles. Le premier « recensement » industriel de l'Empire ottoman, réalisé en 1913-1915, confirmera cette tendance : 50 % du capital investi dans les établissements industriels recensés sont aux mains des Grecs, 20 % appartiennent à des Arméniens, 5 % à des juifs. Le reste se partage entre les étrangers (10 %) et les Turcs (15 %). Autrement dit, à la veille de la Première Guerre mondiale, les trois quarts du capital industriel sont contrôlés par les Ottomans non musulmans." (
p. 552-553)


Hasan Kayali, Arabs and Young Turks : Ottomanism, Arabism, and Islamism in the Ottoman Empire, 1908-1918, Berkeley-Los Angeles-Londres, University of California Press, 1997 :

"Un des principaux plénipotentiaires qu'Abdülhamid envoya en Europe pour contacter les Jeunes-Turcs et les convaincre était Najib Malhama, son chef de la sécurité chrétien libanais. Le choix de Malhama avait indubitablement un rapport avec le grand nombre d'Arabes, principalement chrétiens, parmi les Jeunes-Turcs en Europe." (p. 44)

"Le sultan employait des Arabes chrétiens à son service (plutôt que des membres de groupes chrétiens moins dignes de confiance) pour démontrer qu'il n'abandonnait pas la population non-musulmane de l'empire." (p. 224, note 192)