dimanche 23 octobre 2011

Moyen-Age : les atrocités perpétrées par les chrétiens d'Orient engagés dans les rangs de l'armée mongole

Jean-Paul Roux, Un choc de religions : la longue guerre de l'islam et de la chrétienté, 622-2007, Paris, Fayard, 2007, p. 183 :

"Au sein de l'Empire mongol, essentiellement tolérant, les musulmans n'étaient pas opprimés en tant que tels, mais ils n'occupaient pas la place de choix qui revenait en grande partie aux chrétiens, alliés de Gengis Khan dès ses débuts, et relativement nombreux parmi les Mongols eux-mêmes. Les chrétiens du Proche-Orient, notamment les Alains du Caucase, les Géorgiens, les Arméniens, mais aussi les iranophones et les arabophones, avaient eu parfaitement conscience de la chance que leur apportaient les terribles conquérants et ils s'étaient ralliés à eux d'enthousiasme. Les Arméniens surtout furent efficaces. Tout ennemis qu'ils fussent des musulmans, peut-être l'étaient-ils plus encore des Byzantins, et les Mongols leur apparaissaient comme l'unique porte de salut."

Jean-Paul Roux, Histoire de l'Empire mongol, Paris, Fayard, 1993, p. 342 :

"La chrétienté orientale poussa un immense cri de joie [après la prise de Bagdad en 1258]. Il ne manquait pas de nestoriens dans l'armée mongole et les contingents d'Arméniens et de Géorgiens avaient pris une part non négligeable à la conquête de l'Iraq. En outre, l'épouse de Hülegü, Doquz Qatun, était elle aussi chrétienne et accordait sa protection au christianisme, à ses prêtres, à ses édifices : on prétend qu'elle veilla particulièrement aux uns et aux autres après la prise de Bagdad. Quant aux soldats chrétiens, leur présence sous les armes, leurs interventions auprès des chefs suprêmes en faveur de leurs coreligionnaires avaient eu pour conséquence que ceux-ci avaient presque toujours été épargnés. En compensation, on s'était davantage acharné contre l'Islam, qui semblait seul visé par la campagne."

Jean-Paul Roux, L'Asie centrale. Histoire et civilisations, Paris, Fayard, 1997, p. 323 :

"Les alliés chrétiens des Mongols, les Arméniens surtout, qui aux jours de l'invasion [mongole] s'étaient déchaînés contre les musulmans, qui avaient pillé et brûlé les mosquées, cherchaient par tous les moyens à nuire à l'islam. Quand, en Iran, dans la Horde d'Or, au Djaghataï, les souverains finirent par passer à la religion des Arabes, plus encore quand la domination mongole s'écroula, les chrétiens furent considérés comme des traîtres et les musulmans se vengèrent de tout ce qu'ils leur avaient fait subir."

Voir également : Les chrétiens d'Orient : victimes ou massacreurs ?

vendredi 21 octobre 2011

L'accusation de crime rituel : l'antisémitisme calomniateur et lourd de conséquences des chrétiens d'Orient

Pierre-André Taguieff, La judéophobie des Modernes : des Lumières au jihad mondial, Paris, Odile Jacob, 2008, p. 294 :

"L'accusation de crime rituel, d'origine européenne, païenne puis chrétienne, a été acclimatée au cours du XIXe siècle au Moyen-Orient, à travers
plusieurs affaires dues à des accusateurs chrétiens, puis intégrée au XXe dans le discours antijuif du monde arabo-musulman. Selon Bernard Lewis, on ne trouve pas trace dans le monde musulman de « cette forme particulière de calomnie antijuive durant toute la période classique ». L'historien en repère les premières manifestations en terres d'islam au cours de la seconde moitié du XVe siècle, mais elles restent jusqu'à la fin du XIXe siècle le fait des milieux chrétiens : « Sa première apparition date du règne du sultan ottoman Mehmed le Conquérant et eut presque certainement pour origine l'importante minorité grecque-orthodoxe issue de l'empire Byzantin, où de telles accusations étaient monnaie courante. Elles demeurèrent sporadiques sous les Ottomans et furent régulièrement condamnées par les autorités. Ce n'est qu'au XIXe siècle que, prenant les proportions d'une véritable épidémie, elles se répandirent dans tout l'Empire, allant parfois jusqu'à déclencher des émeutes populaires. » C'est au début du XXe siècle que les accusations de meurtre rituel lancées régulièrement par les communautés chrétiennes dans le monde musulman commencent à être reprises par les milieux musulmans eux-mêmes. En 1910, l'un des premiers signes de l'islamisation de l'accusation surgit en Iran, lorsqu'un pogrom est déclenché à Chiraz dans le quartier juif par des rumeurs de crime rituel : les accusateurs sont musulmans, comme la jeune victime supposée, une petite fille de quatre ans. Le pogrom fait 12 morts et plus de 50 blessés parmi les Juifs de Chiraz, lesquels, au nombre de 6 000, sont dépouillés de tous leurs biens."

Henri Nahum, "Portrait d'une famille juive de Smyrne vers 1900", in Paul Dumont et François Georgeon (dir.), Vivre dans l'Empire ottoman : Sociabilités et relations intercommunautaires (XVIIIe-XXe siècles), Paris, L'Harmattan, 1997, p. 166-167 :

"(...) collectivement les relations [des Juifs] avec les communautés grecque et arménienne sont souvent conflictuelles. Périodiquement, aux alentours de la Pâque juive, la communauté juive est accusée d'avoir assassiné un enfant chrétien pour mêler son sang au pain azyme. Des émeutiers grecs et arméniens font irruption dans le quartier juif, molestent les passants, cassent les devantures des magasins, pillent les marchandises. On a beau retrouver quelques jours plus tard l'enfant disparu qui en général a fait une fugue, rien n'y fait : la calomnie de meurtre rituel renaît l'année suivante. A Smyrne, il y a eu des incidents analogues en 1888, 1890, 1896. Quelques mois après la photographie qui fait l'objet de cet article, en mars 1901, un jeune Grec disparaît. La foule envahit le quartier juif, conspue l'archevêque orthodoxe qui essaye de calmer les émeutiers, monte au clocher de l'église et sonne le tocsin. Le vali (gouverneur) rétablit le calme et ordonne un procès. On retrouve le jeune garçon disparu qui était allé passer quelques jours à Tchechmé chez des amis. Au procès, les avocats grecs, tout en essayant de défendre leurs clients, condamnent la calomnie de meurtre rituel. A ce procès est directement mêlé le fiancé de l'une des jeunes filles Mizrahi, qui en fait la chronique."

mardi 11 octobre 2011

Egypte : trois soldats tués par balle par des manifestants coptes

"Trois soldats ont été tués par balle dimanche lors d'une manifestation au Caire de Coptes (chrétiens d'Egypte) qui protestaient contre l'incendie d'une église, a affirmé la télévision publique.
"Trois martyrs et des dizaines de blessés parmi les soldats de l'armée, après avoir été visés par des tirs de manifestants coptes devant le bâtiment (de la télévision publique à) Maspero", a indiqué la chaîne dans un bandeau."

Source : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/egypte-violences-lors-d-une-manifestation-copte-au-caire-3-soldats-tues-09-10-2011-1645746.php

Un blindé de l'armée égyptienne a été également attaqué par des manifestants coptes :

samedi 1 octobre 2011

Les conséquences néfastes de l'instrumentalisation des chrétiens d'Orient par les grandes puissances

Georges Corm, La Méditerranée, espace de conflit, espace de rêve, Paris, L'Harmattan, 2001 :

"Le bilan de l'action des puissances européennes visant à protéger les "minorités" chrétiennes et à tenter de les doter de structures étatiques, est donc pour le moins mitigé. La protection a directement entraîné un déclin démographique redoutable, voire dans certains cas et dans certains lieux une quasi disparition des communautés chrétiennes (grecs et arméniens en Anatolie et en Cilicie, Assyriens en Irak). Cette disparition est due soit à des massacres, lorsque ces communautés ont été armées par les puissances européennes avec promesse de constitution d'Etats, soit à l'émigration vers les pays européens et les Amériques." (p. 82)

"La protection des minorités amène au développement de tout un courant d'idées qui n'envisage la liberté politique qu'à partir d'un socle collectif communautaire. Ce n'est point la liberté individuelle qui est prônée, permettant de réaliser l'égalité des citoyens de toutes les confessions ; c'est la liberté collective d'une communauté vis-à-vis du pouvoir central, considéré exclusivement dans ses racines islamiques. Il y a dans toute la littérature européenne du XIXe siècle sur la « Question d'Orient » une confusion presque totale entre communauté religieuse et « nation » au sens ethnique étroit du terme, voire même parfois au sens racial. S'installe ainsi une forte méfiance entre communautés musulmanes souvent ignorées et méprisées des puissances européennes et communautés non-musulmanes locales, essentiellement chrétiennes, qui font l'objet de toute l'attention et la sollicitude des puissances européennes dans toutes les possessions ottomanes ; ces dernières sont transformées en communautés « clientes » des puissances et leur servent de véhicule de pénétration culturelle et économique, voire même militaire dans certains cas. Certaines communautés payeront cher cet appui, comme cela sera le cas, par exemple, pour les Arméniens ou les Assyriens d'Irak, qui feront l'objet de représailles violentes s'apparentant au génocide." (p. 99-100)

Voir également : Georges Corm, un Maronite nostalgique de l'Empire ottoman