vendredi 17 août 2012

La légitimité d'Atatürk, selon le chrétien libanais Amin Maalouf

Amin Maalouf, Le dérèglement du monde, Paris, Grasset, 2009, p. 112-115 :

"Mais avant de m'attarder sur le parcours de Nasser, j'aimerais tenter de cerner un peu mieux cette notion de « légitimité patriotique ». A travers un cas particulier, très particulier, et peut-être même unique dans l'histoire moderne du monde musulman, celui d'un dirigeant qui a pu conduire son peuple hors de la débâcle, qui a mérité de ce fait sa légitimité combattante, et qui a remarquablement montré la force d'un tel atout et comment on pouvait s'en servir. Je veux parler d'Atatürk.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, alors que le territoire de l'actuelle Turquie était partagé entre les différentes armées alliées, et que les puissances réunies à Versailles ou à Sèvres disposaient sans états d'âme des peuples et des terres, cet officier de l'armée ottomane avait osé dire non aux vainqueurs. Quand tant d'autres se lamentaient des décisions iniques qui les frappaient, Kemal Pacha avait pris les armes, chassé les troupes étrangères qui occupaient son pays, et imposé aux puissances de réviser leurs projets.

Cette conduite rare (je veux dire à la fois l'audace de résister à des adversaires réputés invincibles, et la capacité de sortir gagnant de ce bras de fer) valut à l'homme sa légitimité. Devenu, du jour au lendemain, « père de la nation », l'ancien officier avait désormais un mandat de longue durée pour remodeler à sa guise la Turquie et les Turcs. Ce qu'il entreprit avec vigueur. Il mit fin à la dynastie ottomane, abolit le califat, proclama la séparation de la religion et de l'Etat, instaura une laïcité rigoureuse, exigea de son peuple qu'il s'européanise, remplaça l'alphabet arabe par l'alphabet latin, obligea les hommes à se raser et les femmes à ôter leurs voiles, échangea lui-même son couvre-chef traditionnel contre un élégant chapeau à l'occidentale.

Et son peuple le suivit. Il le laissa bousculer les habitudes et les croyances, sans trop rechigner. Pourquoi ? Parce qu'il lui avait rendu sa fierté. Celui qui restitue au peuple sa dignité peut lui faire accepter bien des choses. Il peut lui imposer des sacrifices, des restrictions, et il peut même se montrer tyrannique ; il sera quand même écouté, défendu, obéi ; non pas indéfiniment, mais longtemps. Même s'il s'en prend à la religion, ses concitoyens ne l'abandonneront pas pour autant. En politique, la religion n'est pas un but en soi, c'est une considération parmi d'autres ; la légitimité n'est pas accordée au plus croyant, mais à celui dont le combat rejoint le combat du peuple.

Peu de gens en Orient ont vu une quelconque contradiction dans le fait qu'Atatürk se soit battu avec acharnement contre les Européens alors que son rêve était d'européaniser la Turquie. Il ne se battait pas contre ceux-ci ou ceux-là, il se battait pour être traité avec respect, comme un égal, comme un homme, non comme un indigène ; dès lors que leur dignité était rétablie, Kemal et son peuple étaient prêts à aller très loin sur le chemin de la modernité.

La légitimité acquise par Atatürk lui survécut, et aujourd'hui encore la Turquie est gouvernée en son nom. Même ceux qui ne partagent pas ses convictions se sentent contraints de lui manifester une certaine allégeance. On peut se demander néanmoins combien de temps l'édifice tiendra face au radicalisme religieux qui monte, et alors que l'Europe s'apeure. Comment les kémalistes pourraient-ils convaincre leur peuple de s'européaniser si les Européens lui répètent trois fois par jour qu'il n'est pas européen et qu'il n'a rien à faire parmi eux ?

Bien des dirigeants du monde musulman rêvèrent d'imiter l'exemple de la Turquie. En Afghanistan, un jeune roi de 26 ans, Amanullah, accéda au pouvoir en 1919, et voulut suivre les traces d'Atatürk. Il lança son armée à l'assaut des troupes anglaises d'occupation, et obtint que l'on reconnaisse l'indépendance de son pays. Fort du prestige ainsi acquis, il s'engagea dans des réformes ambitieuses, interdit la polygamie et le port du voile, ouvrit des écoles modernes pour les garçons et les filles, encouragea l'apparition d'une presse libre. L'expérience dura dix ans, jusqu'en 1929, date à laquelle Amanullah fut chassé du pouvoir par une conjuration de chefs traditionnels qui l'accusèrent d'impiété. Il mourut en exil à Zurich en 1960."

Voir également : L'honnêteté de Georges Corm sur le kémalisme

samedi 30 juin 2012

L'Empire ottoman, une chance pour les chrétiens d'Orient ?

Youssef Courbage, "Démographie des communautés chrétiennes au Proche-Orient : Une approche historique", Confluences Méditerranée, n° 66, 2008/3, p. 35-38 :

"La croissance démographique ne fut pas régulière au cours des quatre siècles ottomans. Epidémies et famines pouvaient annuler en quelques semaines des décennies de progression démographique. Les communautés confessionnelles connurent donc des progressions et des décrues qui ne furent pas forcément parallèles. Cependant, le résultat net cumulé ne fait pas de doute. Le règne ottoman s’est accompagné d’une extraordinaire remontée de la chrétienté. Sa population fut multipliée par 4,6 tandis que celle des musulmans n’augmentait que de 21 %.

Au début de l’ère ottomane, l’immigration « internationale  » explique en partie la croissance démographique plus forte des chrétiens. On raconte qu’à Alep, le Sultan Sélim Ier fut affligé d’y voir si peu de chrétiens et ordonna un sürgun (un transfert autoritaire de population) vers la ville pour la repeupler et pour augmenter le nombre de ses habitants chrétiens. D’où la grande diversité de ce peuplement : 52 % de grecs orthodoxes et catholiques, 33 % d’arméniens, 14 % de syriaques au recensement de 1914.

Qu’il s’agisse du Bilad el-Cham dans son ensemble, de ses diverses provinces ou de ses villes (tableau 4), tous les chiffres concordent sur la disparité démographique des communautés. En arrière-plan, l’on trouve la pax ottomanica, une paix intérieure plus qu’extérieure (sauf dans les années 1860 à Damas et dans le Mont-Liban), qui a profité aux chrétiens du Bilad el Cham.
Ponctuellement, les migrations internationales ont pu jouer un rôle dans la constitution des populations de cette région et sur leur répartition confessionnelle, mais sur le long terme ce sont les composantes de la croissance naturelle qui l’emportent. Ce sont bien une mortalité beaucoup plus basse et une natalité beaucoup plus élevée qui expliquent la supériorité de la croissance démographique des chrétiens.

Certaines données ottomanes précoces, sur une trentaine de bourgades de la province de Damas, où les populations musulmanes et chrétiennes étaient mélangées, montrent que le taux de croissance démographique de ces dernières était deux fois plus élevé : 2,03 % par an contre 0,98 en 1533-1559.

La mortalité musulmane doit se comprendre notamment à l’aune de l’obligation du service militaire. Si en temps de guerre, la mortalité s’expliquait aisément, elle se comprend aussi en temps de paix, en raison des foyers d’infection qui pouvaient décimer les conscrits revenus du front. Ainsi, durant la Première Guerre mondiale, les conscrits du Bilad el-Cham, pris dans le safarbalek sur les fronts des Balkans, craignaient bien plus de mourir du typhus que sur le champ d’honneur.

A l’évidence, la mortalité dans les troupes ottomanes était donc redoutable et imprimait sa marque sur les statistiques,
et même le Mont-Liban n’y échappa pas. Dans la localité de Batroun, un exemple est fourni par Issam Khalifé, qui note une forte diminution de sa population musulmane entre 1519 et 1571, puisqu’elle est de 15 % alors que les chrétiens augmentaient de 5 %. Il attribue ces tendances à la conscription forcée décrétée par le wali de Tripoli dans les troupes du Sultan pour la conquête de Chypre. En effet, seuls les musulmans y étaient « conviés » et y laissèrent de nombreuses victimes. Exemptés des servitudes militaires au prix du paiement de la jizya, les chrétiens y furent théoriquement astreints par les tanzimat (1858). En réalité, les chrétiens et les juifs échappaient à cette contrainte en payant des frais d’exemption (Badal Askari).

Après le facteur militaire, un autre élément accéléra ensuite l’avancée chrétienne au XIXe siècle : la scolarisation offerte par les missions chrétiennes joua ainsi également sur la mortalité.
Dans la wilaya de Beyrouth, le taux de scolarisation des enfants était de 65 % chez les chrétiens et de 40 % chez les musulmans. Certes, l’effet de la scolarisation des enfants sur la santé et sur la mortalité n’est pas immédiat. Mais au terme d’une génération cependant, les pères et les mères qui ont eu la chance de profiter de la fréquentation de l’école sont mieux outillés pour affronter la maladie, la leur et celle de leurs parents, et diminuer les risques planant sur la vie de leurs enfants, qui décédaient très fréquemment à cette époque.

Malgré les fortes ponctions migratoires de la deuxième moitié du XIXe siècle, les chrétiens conservèrent un avantage certain en terme de croissance naturelle et totale. De plus leur urbanisation croissante influença favorablement leur accroissement naturel (tableau 4).


Certes la deuxième phase de la transition démographique, celle de la baisse de natalité, concerna les chrétiens avant les musulmans, avec un demi-siècle d’avance. De manière concomitante, la fécondité des chrétiens baissa régulièrement au cours du XXe siècle, alors même que la fécondité musulmane augmenta du fait d’une stabilisation des unions et d’une moindre fréquence des divorces, au moins jusqu’aux années 1970. Mais jusqu’à la fin des temps ottomans, les chrétiens furent plus féconds. Il s’agit d’ailleurs d’une idée récurrente qui remonte au célèbre satiriste al-Djahiz. Celui-ci remarqua au IXe siècle que les chrétiens monogames étaient plus prolifiques que les musulmans polygames, et, en conséquence, il s’émouvait du fait qu’ils « remplissent la terre ». En effet, à cause de la répudiation et de la polygamie (moins répandue) les musulmanes pouvaient vivre de longues périodes d’infertilité, au contraire des chrétiennes. La monogamie et l’interdiction ou l’extrême difficulté du divorce avaient ainsi contribué au dynamisme démographique de la chrétienté.

Les pratiques de restriction volontaire des naissances par la contraception ou l’avortement, étaient plus répandues qu’on ne l’imagine, dans les familles musulmanes surtout.
Dès 1856, le voyageur Nassau Senior, notait la fréquence des pratiques de contrôle des naissances chez les femmes musulmanes « les moyens nuisibles dont usent les femmes turques des classes sociales les plus basses pour éviter d’avoir beaucoup d’enfants  ». En outre, « l’avortement et la prévalence choquante d’un crime contre la nature parmi les musulmans » furent avancés par le consul d’Angleterre à Istanbul comme des facteurs significatifs de la faible croissance démographique chez les Turcs. Le malthusianisme s’était répandu à Istanbul à la fin du XIXe siècle, chez les musulmans surtout ainsi que dans les autres villes ottomanes : Beyrouth, Alep, Damas ou Jérusalem.

De l’incidence du service militaire sur la démographie, on ne retient habituellement que son effet le plus spectaculaire, sur la mortalité, un phénomène déjà évoqué par ailleurs. Les différences de natalité, également, doivent beaucoup au service militaire. En plaçant très haut dans la hiérarchie des fonctions, la fonction militaire et en la réservant aux musulmans, les Ottomans rendaient un service inestimable aux chrétiens et aux juifs, qui en furent dispensés, au prix d’une pénalité la jizya ou durant les temps modernes, le badal askari (exonération du service militaire). La contrainte était lourde puisque les jeunes musulmans étaient astreints à un très long service. Les effets sur la natalité étaient ravageurs : éloignement des jeunes de leurs foyers ce qui pour les célibataires entraînait un retard de l’âge au mariage, et pour les mariés des rapports sexuels différés ou épisodiques avec leur épouse légitime. Ce sont là des facteurs inhibiteurs de la natalité. La portée délétère du service militaire sur la démographie musulmane ressort des chiffres des recensements du XVIe siècle : la mobilisation pouvait toucher jusqu’à 12 % des hommes d’âge sexuellement actif. Toutefois, jusqu’aux guerres balkaniques, l’Anatolie fut mise à contribution, plus que les autres régions de l’Empire, le Bilad el-Cham notamment."

Voir également : Georges Corm, un Maronite nostalgique de l'Empire ottoman

Les conséquences néfastes de l'instrumentalisation des chrétiens d'Orient par les grandes puissances

Le règne du sultan ottoman Abdülhamit II (Abdul-Hamid II) : une "belle époque" pour les chrétiens d'Orient

mardi 29 mai 2012

L'honnêteté de Georges Corm sur le kémalisme

Georges Corm, "Différents modèles politiques", Confluences Méditerranée, n° 62, 2007/3, p. 167-168 :

"En Turquie, la révolution kémaliste du début du 20e siècle inaugure certes un régime autoritaire, mais qui n’empêche pas le développement d’une vie politique intense et celui ultérieur de différents partis politiques, y compris des partis de tendance communistes ou de tendances islamiques. (...)

La révolution kémaliste a été très décriée ces dernières années dans le cadre de la mode anti-laïque et favorable à la « réislamisation » des sociétés du tiers monde, comme moyen de lutter contre l’influence grandissante de l’URSS et des diverses variantes de marxismes dans les sociétés colonisées par les puissances européennes.

On ne peut que reconnaître, cependant, que la Turquie est aujourd’hui avec la Malaisie le seul pays « musulman » respecté dans l’ordre international ; s’il est parvenu à faire accéder pacifiquement au pouvoir un parti se réclamant de l’Islam, c’est bien grâce aux décades de pratique laïque instaurée par le Kémalisme. Certes, aux critères purs et durs des droits de l’Homme, la Turquie est encore loin d’avoir rejoint la situation des pays démocratiques européens ; mais comparé à d’autres sociétés musulmanes dans le monde arabe ou en Asie, ce pays est bien un modèle valorisant : il n’a connu aucune des crises violentes internes (mis à part celles dues au problème kurde) ou aucune des défaites militaires cuisantes qui ont pu affecter d’autres sociétés musulmanes."

Voir également : Georges Corm, un Maronite nostalgique de l'Empire ottoman

Les conséquences néfastes de l'instrumentalisation des chrétiens d'Orient par les grandes puissances

vendredi 27 avril 2012

L'antisémitisme délirant et persistant des chrétiens d'Orient

jeudi 12 avril 2012
Chrétiens d'Orient : antisémites ?
La révélation récente de l'interdiction faite aux coptes par le Pape Shenouda III de venir en pèlerinage à Jérusalem m'a fait découvrir l'ampleur de l'antisémitisme chez les coptes d’Égypte. Cela m'a amené à rechercher des documents sur l'antisémitisme dans le monde Chrétien d'Orient. Et je viens de lire le passage suivant que j'ai adapté car il correspond précisément à mon ressenti sur le sujet. J'ai cherché et mis des liens vers les documents sources.

Du blog Progressive Zionism
Les Chaldéens sont appelés par de nombreux ethnologues "Assyriens" se considèrent comme les véritables descendants des civilisations Sumérienne et Akkadienne. Les Coptes d’Égypte sont le chaînon le plus direct vers le passé de cet ancien pays, il parlaient encore l’égyptien il y a encore quelques siècles. Les chrétiens de Syrie sont passés du statut de majoritaires à une minorité précaire qui s'attend à des persécutions si Bachar Al Assad tombait. La moitié des chrétiens ont fui l'Irak, au Liban leur situation se dégrade, en Turquie leur nombre ne cesse de s’amenuiser au fil des décennies.
Compte tenu de leurs fascinantes origines très anciennes, de leur ténacité pour s'accrocher à leur culture et à leurs traditions, et de leur position de minorité précaire, persécutés par la majorité musulmane, j'avais supposé que les chrétiens du monde arabe seraient des alliés naturels des Juifs du Moyen-Orient. Ou du moins plus modérés dans leur opposition.

Maintenant, mes pérégrinations sur la toile m'ont conduit à quelques citations fascinantes et troublantes, rapportées dans cet article sur le site Web du Centre Simon Wiesenthal. Il semble que certains chefs religieux chrétiens au Moyen-Orient cherchent à surpasser leurs voisins islamistes dans la haine des Juifs et à l'incitation à la violence contre eux.

a) Il y a bien sûr l'accusation absurde de la conspiration tirée du faux Tsariste : "Les Protocoles des Sages de Sion" :


George Saliba - évêque de l'Eglise syriaque orthodoxe au Liban - quand un journaliste de la chaîne  Al-Dunya  (diffusé le 24/7/2011 et capté par MEMRI) , lui a demandé qui était derrière le printemps arabe, a répondu : "la source ... derrière tous ces mouvements, toutes ces guerres civiles, et tous ces maux" dans le monde arabe n'est rien d'autre que le sionisme, "qui est profondément enraciné dans le judaïsme." Les Juifs, dit-il, sont responsables du financement et de l'incitation à l'agitation en conformité avec les Protocoles des Sages de Sion.


b)"Si c'est mauvais c’est la faute des Juifs"

Le 31 octobre 2010, le monde a été choqué par l'attentat horrible contre une église de Bagdad qui a fait 58 morts et 67 blessés. Malgré le fait que les fanatiques musulmans avaient posté des menaces sur Internet pendant des semaines avant le massacre, le Patriarche  Grec-Melkite Grégoire Laham III  a déclaré au journal libanais en anglais  The Daily Star le 6 décembre 2010, que : " les assaillants terroristes ne sont certainement pas les musulmans, mais sans doute ceux qui sont formés et supervisés "par le sionisme mondial." Ils faisaient partie d'un "complot sioniste contre l'islam", a déclaré le leader chrétien, ajoutant que, "Tout ce comportement n'a rien à voir avec l'Islam ... mais c'est en fait une conspiration planifiée par le sionisme ... et "est aussi un complot contre les Arabes et le monde arabe à majorité musulmane, qui vise à dépeindre les Arabes et les musulmans dans les pays arabes comme des assassins terroristes et fondamentalistes ... "


c) Et même la vieille accusation de peuple déicide

Ici nous avons besoin d'un peu d'histoire. C'est l'extrait d'un article- "Après le Samedi, le Dimanche" - par le professeur d'histoire de l'université de Carleton (Canada) Paul Charles Merkley : En 1967, avec la promulgation de l'encyclique Nostra Aetate, l’Église catholique romaine a répudié la notion de culpabilité collective du peuple juif pour la mort de Jésus. Avec ce document, l'Église catholique romaine s'est rétractée et a répudié tous les enseignements précédents et présents qui ont justifié la désignation des Juifs comme les «assassins du Christ» [ ou peuple déicide] , et a entrepris de procéder à "la réconciliation avec nos frères, les Juifs." Il faut dire que l'église catholique romaine a prouvé son sincère dévouement à ce changement théologique.


Cependant, les Églises du Moyen-Orient étaient furieuses contre cette «nouvelle doctrine» disculpant les Juifs. Elles ont accusé le Vatican de trahir la théologie historique pour s’accommoder avec la pensée laïque libérale. À ce jour, les dirigeants du Conseil des Églises du Moyen-Orient ont blâmé cette déviation de l’Église catholique romaine de l'enseignement traditionnel de mépris pour les assassins du Christ. Ils considèrent que cela encourage les sionistes. Cela est non seulement vrai de ces dénominations présentes au Moyen-Orient, qui ce sont séparées des Églises européennes sur des questions de dogme et de la liturgie, c'est également vrai dans une certaine mesure des évêques catholiques romains et de leurs congrégations dans la région, ceux-ci ont montré une résistance considérable à la promulgation de l'enseignement de Nostra Aetate.

Alors que le Vatican n'a jamais renié ce nouvel enseignement public, en réalité, les églises du Moyen-Orient de toutes les confessions - catholique romaine, protestante, orthodoxe et d'autres ont évité d'exposer publiquement les doctrines promulguées par cette encyclique. Ceci pour éviter une confrontation avec les Églises d'Orient, tant elles ont déstabilisées par la véhémence de la réaction de ces dernières.

De même, dans l'intérêt de la «fraternité» avec les églises du Moyen-Orient, le Conseil œcuménique des Églises a minimisé la portée de ces déclarations officielles (Nostra Aetate) de l'Église catholique romaine.

Fin du rappel historique.


Le Chef de l'Église copte, le pape Chenouda III d'Alexandrie a affirmé à la télévision  égyptienne que les Églises d'Occident ont eu tort d'exonérer les Juifs pour la crucifixion de Jésus-Christ et a critiqué les récentes déclarations des excuses pour l'antisémitisme chrétien.

Dans une interview à la télévision égyptienne (Dream 2, le 8 Avril 2007, rapporté par George Conger, le 21/5/2007 sur le site "religious intelligence"), le journaliste a demandé au Pape Shenouda III si l’Église copte suivrait l'exemple des Églises chrétiennes occidentales. Shenouda a répondu que les Églises chrétiennes n'avaient "rien fait qui justifie des excuses", ajoutant qu'il croyait que les excuses ont été "faites pour sauver les apparences". Interrogé pour savoir si les Juifs étaient les "assassins du Christ", responsables de la crucifixion, Shenouda a déclaré : "Le Nouveau Testament dit qu'ils le sont ", et a demandé ironiquement si le Vatican était "contre les enseignements du Nouveau Testament"? Shenouda a déclaré qu'il avait interdit aux Coptes de se rendre en visite en Israël, de peur qu'ils "soient influencés par les médias israéliens, et nous ne pourrons empêcher cela. Qui sait avec quelles idées ils reviendraient ? "


A nouveau en 2007, le Pape Shenouda III (de l'Eglise copte égyptienne) a dénoncé  les Églises occidentales pour avoir exonéré les Juifs pour la mort du Christ. Les Juifs étaient les "assassins du Christ", car "le Nouveau Testament dit qu'ils le sont."


Le Pape Shenouda s'est même plongé dans la haine pathologique d'Israël :

Le 18 novembre 2000 dans le journal égyptien Al Ahrar : "Les Juifs sont un peuple maudit qui a du sang des palestiniens sur les mains."

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Maintenant, bien sûr, il est possible de trouver des citations terribles d'un peu partout, contre à peu près n'importe qui, mais dans ce dernier cas, nous parlons du Pape Copte, un homme qui a dû vivre en exil pendant plusieurs années en raison de la persécution par le régime égyptien.

Ce qui m'amène à une hypothèse intéressante :

On pourrait penser que cette vague apparente de la démesure en ce qui concerne Israël et les Juifs de la part de ces dirigeants arabes chrétiens est le résultat de leur situation précaire dans leur propre pays, où ils se sentent le besoin de prouver leur solidarité avec la majorité qui les cerne et anticiper les accusations inévitables qu'ils sont potentiellement la cinquième colonne de l'Ouest et/ou des sionistes . Ou que c'est le résultat de baigner dans un environnement de propagande constante anti-israélienne et anti-juive.

Mais surtout les commentaires du Pape Shenouda évoquent une ancienne sorte d'antisémitisme, plus spécifiquement chrétienne.

Les Juifs comme les assassins du Christ, ce n'est pas un concept ni venant, ni résonnant avec l'antisémitisme de style arabe ou musulman. Il est possible que nous assistions à un sinistre fusion de l'ancien antisémitisme chrétien avec l'antisémitisme à base ethnique contemporaine.

Le discours dans le monde arabe envers les Juifs et Israël est devenu toxique. Il est grand temps, non seulement pour les musulmans mais aussi pour les chrétiens, de changer.
Source : http://observatoiredumoyenorient.blogspot.fr/2012/04/chretiens-dorient-antisemites.html

vendredi 20 avril 2012
Antisémitisme des Eglises d'Orient : la source n'est pas musulmane
Il est révélateur que les minorités non-musulmanes qui ont souffert de discrimination et de violence de la part des islamistes - y compris les Yézidis, les Mandéens et Baha'is - n'ont jamais accusé les Juifs ou le sionisme de persécution ; leurs religions n'ont pas mené à des doctrines antisémites.

Le cas de la communauté baha’ie est particulièrement important car, en raison du centre mondial de la religion situé à Haïfa, des accusations de collaboration avec Israël peuvent facilement être portées contre les baha'is. Pourtant, la Maison Universelle de Justice ne s'est jamais plainte d'un complot juif/sioniste contre les communautés baha'ies en Iran et dans la région. Elle a toujours préféré, à juste titre, lier le problème à l'application de la loi islamique traditionnelle sur la condition des non-musulmans et la punition de l'apostasie, en même temps que les attitudes de suprématie raciale favorisées par la promotion de la charia.

En fin de compte, l'antisémitisme parmi les chrétiens du Moyen-Orient à l’égard peuple juif dans son ensemble est établi sur la participation au déicide (i. e. la mise à mort de Jésus). Comme l'a dit Mgr Saliba : "les conspirations juives sont «toutes naturelles» puisque les Juifs ont remercié le Christ de ses miracles en le crucifiant".
Il est encore plus significatif que le Pape Shenouda III de l'Église copte orthodoxe a fustigé les églises occidentales pour avoir exonéré les Juifs de la mort du Christ, dans une interview télévisée du 8 avril 2007. Il a fait valoir que : les Juifs étaient les « assassins du Christ », car « le Nouveau Testament affirme qu'ils le sont ».

Il est clair, qu'en général, les Églises orientales ne sont pas encore allées au-delà de ces motifs antisémites malsains et désavoués par le Vatican dans sa déclaration Nostra Aetate publiée en 1965, après le Concile Vatican II.

Si l'antisémitisme au Moyen-Orient et en Afrique du Nord doit être éradiqué, la charge de la réforme théologique ne peut évidemment pas être une tâche réservée aux seuls musulmans.
Source : http://observatoiredumoyenorient.blogspot.fr/2012/04/antisemitisme-des-eglises-dorient-la.html

Voir également : L'accusation de crime rituel : l'antisémitisme calomniateur et lourd de conséquences des chrétiens d'Orient

L'antisémitisme maronite : les cas significatifs de Neguib Azoury et de Richard Haddad

Le rôle des chrétiens d'Orient dans le terrorisme tiers-mondiste arabe

En finir avec la vision idyllique du Liban chrétien

mardi 27 mars 2012

Le rôle des chrétiens d'Orient dans le terrorisme tiers-mondiste arabe

George Habache : grec-orthodoxe, fondateur et secrétaire général du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), responsable d'une centaine de détournements d'avions dans les années 60 et 70, mêlé au massacre de l'aéroport de Lod en 1972.

Waddi Haddad : grec-orthodoxe, chef du FPLP-COSE (Front populaire de libération de la Palestine - Commandement des opérations spéciales extérieures), supérieur hiérarchique de Carlos dans les années 70.

Nayef Hawatmeh : catholique arabe, secrétaire général du FDLP (Front démocratique pour la libération de la Palestine) issu d'une scission du FPLP, organisation responsable de détournements d'avions et d'attaques armées (dont des attentats-suicides à partir des années 2000) depuis les années 60 et 70.

Georges Ibrahim Abdallah : maronite, chef de la FARL (Fraction armée révolutionnaire libanaise), responsable de l'assassinat de diplomates américain et israélien en France dans les années 80.

Voir également : Fanatisme ordinaire des chrétiens d'Orient : les pionniers des attentats-suicides au Moyen-Orient sont... des femmes chrétiennes

Le rôle déterminant des chrétiens d'Orient dans l'émergence d'un nationalisme arabe séparatiste et xénophobe

L'antisémitisme maronite : les cas significatifs de Neguib Azoury et de Richard Haddad

L'accusation de crime rituel : l'antisémitisme calomniateur et lourd de conséquences des chrétiens d'Orient

vendredi 24 février 2012

De la nécessité de civiliser les Coptes

Christophe Ayad, Géopolitique de l'Egypte, Bruxelles, Complexe, 2002, p. 36 :

"En 1997, le Conseil national de la Population a publié les résultats d'une enquête qui a confirmé ce que tout le monde savait mais que personne n'osait dire à voix haute : 97 % des Egyptiennes (musulmanes comme chrétiennes) sont excisées et plus de 82 % des femmes jugent qu'il s'agit d'une « bonne tradition ». (...)

L'excision en Egypte est en fait un héritage pharaonique et non islamique. Elle n'existe d'ailleurs, dans aucun autre pays arabe, que ce soit au Maghreb ou au Machrek.
La pratique de l'excision, très courante en Erythrée, en Ethiopie et au Soudan, suit exactement le tracé de la vallée du Nil. Autre preuve de l'absence d'un facteur religieux : elle est aussi répandue chez les chrétiens que chez les musulmans. C'est plutôt le niveau d'éducation qui joue un rôle discriminant.

(...) toujours en 1997, le nouveau cheikh d'al-Azhar, Mohamed Sayed al-Tantawi avait estimé que rien dans le Coran ni la Sunna (la tradition des actes du Prophète) ne justifiait cette pratique. Le patriarche des coptes, Chenouda III s'est quant à lui toujours cantonné à un silence prudent. Finalement, à la fin de l'année 1997, le Conseil d'Etat a décidé d'interdire l'excision dans les hôpitaux privés et publics."

Voir également : Egypte : la pratique primitive de l'excision chez les Coptes

Consternante arriération culturelle des Coptes

Egypte : un musulman victime d'un crime d'honneur de la part de son beau-frère copte

jeudi 2 février 2012

Alain Juppé critique le soutien criminel des chrétiens de Syrie à la dictature sanguinaire d'Assad

Moyen Orient et Monde
Alain Juppé à « L’OLJ » : Les chrétiens de Syrie collent totalement à un régime qui n’a pas d’avenir

Par Sylviane ZEHIL | 02/02/2012

Interview

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, qui est arrivé à New York pour prendre part à la réunion ministérielle du Conseil de sécurité consacrée à la Syrie, a indiqué hier à L’Orient-Le Jour que la France, l’Union européenne et les missions parlementaires restaient « attentives à la protection des minorités chrétiennes et des minorités religieuses en général. Nous sommes très vigilants en Égypte, en Irak – malheureusement ils ont fini par fuir –, naturellement au Liban et en Syrie », a-t-il insisté. Il n’a pas manqué de rappeler que le « message » sur ce plan-là est « tout à fait fort », qu’il en a fait une « des lignes rouges vis-à-vis de ces régimes ». Le ministre français en a profité pour lancer, par le biais de L’OLJ, un message en direction de « nos amis chrétiens de Syrie en particulier. Ce qui m’inquiète un petit peu, c’est la façon dont ils collent totalement au régime », les invitant à « réfléchir bien à l’avenir, car ce régime n’a pas d’avenir ».
Pour bien marquer cette volonté de respecter les droits des minorités, Alain Juppé a laissé entendre que « c’est aussi pour cette raison que la demande a été faite à l’opposition syrienne d’inclure des représentants des communautés chrétiennes ». Il a affirmé que la situation en Syrie est une menace pour la stabilité de la région « parce que l’on voit bien ses conséquences au Liban et en Turquie avec des milliers de réfugiés et aussi sur les relations avec l’Iran. C’est pour cela que le Conseil de sécurité est dans son rôle en se saisissant de la question », a-t-il dit.

Nécessité d’aller vite
Le ministre français, qui s’est rendu au siège des Nations unies pour « tenter de convaincre » le Conseil de sécurité de prendre toutes ses responsabilités « pour arrêter le massacre », a mis en garde contre « le risque très fort de déclenchement d’une guerre civile en Syrie ». Il y a toutefois l’espérance d’une « possibilité de sortie de crise ». Dans les prochains jours, il existe une chance « d’arriver à rapprocher les points de vue », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse tenue à la Mission de la France en présence d’un petit noyau de journalistes français et francophones.


Alain Juppé a reconnu que le discours du représentant russe auprès de l’ONU, Vitaly Churkin, « n’a pas fermé complètement la possibilité d’une discussion ». La résolution marocaine comporte des « éléments intéressants et la Russie était prête à en discuter », a-t-il dit. Dévoilant la feuille de route pour les prochains jours, M. Juppé a assuré que « nos représentants permanents allaient se remettre au travail d’arrache-pied pour voir si l’on peut arriver à un texte consensuel ». « Il y a actuellement dix voix peut-être plus pour approuver cette résolution. Mais il faudra éviter le veto russe et les oppositions qu’il entraîne », a-t-il indiqué.
Par ailleurs, Alain Juppé a rappelé que la situation en Libye était différente de celle de la Syrie. « En Libye, il y a une société civile plus homogène, constituée pour l’immense majorité de sunnites malékites ; en Syrie, il y a une forte minorité alaouite, une forte minorité chrétienne, des sunnites, des chiites, donc une société profondément divisée et le risque d’affrontement est évident. D’où la nécessité d’aller très vite, avec un grand thème : le changement de régime », a-t-il laissé entendre.


Prié par L’OLJ de dire si le Conseil national syrien reste crédible et si l’opposition syrienne avec une personnalité intellectuelle telle que Burhan Ghalioun ferait un bon leader pour l’après-Bachar el-Assad, Alain Juppé a indiqué que cette même question avait été soulevée pour la Libye. « Le CNS n’a pas encore fait ses preuves », a-t-il dit. Et d’ajouter avec espoir qu’ « aujourd’hui, il est vrai que l’unification, l’organisation de l’opposition est difficile. Elle a des tendances différentes. Il y a l’intérieur et il y a l’extérieur. Nous les appelons à se regrouper, à faire place aux différentes communautés, en particulier les chrétiens, les alaouites. Quant au choix de leurs dirigeants, il y aura des élections bientôt. C’est aux membres de ce conseil et aux Syriens eux-mêmes de prendre des décisions ».
Source : http://www.lorientlejour.com/category/Moyen+Orient+et+Monde/article/743074/Alain_Juppe_a_%3C%3C+L%27OLJ+%3E%3E+%3A_Les_chretiens_de_Syrie_collent_totalement_a_un_regime_qui_n%27a_pas_d%27avenir.html

Voir également : Le général Daoud Rajha, un boucher chrétien-orthodoxe aux ordres de Bachar el-Assad 

mercredi 4 janvier 2012

Le prétendu génocide des chrétiens du Liban durant la Première Guerre mondiale

Nicola Migliorino, "Le (ré)-établissement des institutions arméniennes au Liban et en Syrie : les réfugiés et l'Etat", in Les Arméniens, 1917-1939 : la quête d'un refuge (ouv. col.), Paris, Réunion des Musées Nationaux, 2007, p. 103-104 :

"Les catastrophes naturelles et le blocus contre la côte libanaise depuis 1915 ont eu des effets désastreux sur la population entière de la Grande Syrie : famine et maladie ont tué 150 000 à 500 000 personnes pendant la période de 1915-1918. Pour la seule ville d'Alep, 35 000 personnes auraient péri, atteintes de typhus, entre août 1916 et août 1917. (...)

La famine a une origine associant un groupe de facteurs, y compris la sécheresse, le fléau des sauterelles et le blocus naval de la côte libanaise entrepris par l'Entente."

Frank Peter, Les entrepreneurs de Damas : nations, impérialisme et industrialisation, Paris, L'Harmattan, 2010, p. 142, note 2 : 

"Schilcher, « Famine of 1915-1918 », p. 232 sq., insiste sur l'effet négatif qu'a eu le blocus des navires anglais et français sur le ravitaillement."

Voir également : La place des chrétiens d'Orient dans les révolutions jeune-turque et kémaliste

Cemal Paşa (Djemal Pacha), figure majeure de l'arménophilie turque

Les conséquences néfastes de l'instrumentalisation des chrétiens d'Orient par les grandes puissances

Les chrétiens d'Orient : victimes ou massacreurs ?

En finir avec la vision idyllique du Liban chrétien