mardi 29 mai 2012

L'honnêteté de Georges Corm sur le kémalisme

Georges Corm, "Différents modèles politiques", Confluences Méditerranée, n° 62, 2007/3, p. 167-168 :

"En Turquie, la révolution kémaliste du début du 20e siècle inaugure certes un régime autoritaire, mais qui n’empêche pas le développement d’une vie politique intense et celui ultérieur de différents partis politiques, y compris des partis de tendance communistes ou de tendances islamiques. (...)

La révolution kémaliste a été très décriée ces dernières années dans le cadre de la mode anti-laïque et favorable à la « réislamisation » des sociétés du tiers monde, comme moyen de lutter contre l’influence grandissante de l’URSS et des diverses variantes de marxismes dans les sociétés colonisées par les puissances européennes.

On ne peut que reconnaître, cependant, que la Turquie est aujourd’hui avec la Malaisie le seul pays « musulman » respecté dans l’ordre international ; s’il est parvenu à faire accéder pacifiquement au pouvoir un parti se réclamant de l’Islam, c’est bien grâce aux décades de pratique laïque instaurée par le Kémalisme. Certes, aux critères purs et durs des droits de l’Homme, la Turquie est encore loin d’avoir rejoint la situation des pays démocratiques européens ; mais comparé à d’autres sociétés musulmanes dans le monde arabe ou en Asie, ce pays est bien un modèle valorisant : il n’a connu aucune des crises violentes internes (mis à part celles dues au problème kurde) ou aucune des défaites militaires cuisantes qui ont pu affecter d’autres sociétés musulmanes."

Voir également : Georges Corm, un Maronite nostalgique de l'Empire ottoman

Les conséquences néfastes de l'instrumentalisation des chrétiens d'Orient par les grandes puissances